mardi 18 novembre 2008

Ambrasses-les pour moi.




Il faut que tu me rendes un service, mon ami. Tu vas fermer ton moulin pour un jour et t'en aller tout de suite à Eyguières... Eyguières est un gros bourg à trois ou quatre lieues de chez toi, - une promenade. En arrivant, tu demanderas le couvent des Orphelines. La première maison après le couvent est une maison basse à volets gris avec un jardinet derrière. Tu entreras sans frapper - la porte est toujours ouverte - et, en entrant, tu crieras bien fort: " Bonjour braves gens. Je suis l'ami de Maurice... " Alors, tu verras deux petits vieux, oh ! mais vieux, vieux, archi-vieux, te tendre les bras du fond de leurs grands fauteuils, et tu les embrasseras de ma part, avec tout ton cœur comme s'ils étaient à toi. Puis vous causerez, ils te parleront de moi, rien que de moi ; ils te raconteront mille folies que tu écouteras sans rire... Tu ne riras pas, hein ?... Ce sont mes grands parents, deux êtres dont je suis toute la vie et qui ne m'ont pas vu depuis dix ans... Dix ans, c'est long ! Mais que veux tu ! Moi, Paris me tient ; eux, c'est le grand âge... Ils sont si vieux, sils venaient me voir ils se casseraient en route...Heureusement, tu es là-bas, mon cher meunier et, en t'embrassant, les pauvres gens croiront m'embrasser un peu moi-même... Je leur ai si souvent parlé de nous et de cette bonne amitié dont...Extrait des lettres de mon moulin


d'Alphonse Daudet.

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